mercredi 10 novembre 2021

Le château de Compiègne


Même si les origines de cette résidence royale de Compiègne se confondent avec celles de la monarchie française, le château de Compiègne tel que nous pouvons le visiter ce jour est très marqué second empire avec l’empreinte de l’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie. 



Le couple en faisait l’une de leurs résidences préférées en fin d’automne. Ils organisaient entre 1856 et 1869 les fameux « séries de Compiègne », en invitant au château une centaine de personnalités pendant une semaine à chaque fois. 


Ces fêtes impériales étaient très prisées par les heureux élus, français comme étrangers. Financiers, écrivains, artistes, musiciens, scientifiques étaient heureux de vivre à la cour et partager presque le quotidien de la famille impériale. 



Parmi les illustres invités, il y a eu les Rothschild, les Pereire, Flaubert, Gautier, Mérimée, Baudry, Cabanel, Doré, Delacroix, Verdi, Hausman, Viollet-le Duc, Pasteur… C’est en chemin de fer, la nouvelle invention technologique de l’époque, que tous les invités embarquaient à la gare du nord à Paris. Arrivés au château, c’est dans la grandiose galerie des colonnes qu’ils étaient accueillis par le grand Chambellan, les huissiers avant d’être affectés à l’une des 250 chambres de style anglais. 



Dès les premiers pas dans cette résidence d’exception, vous serez comme moi impressionné par les magnifiques décors et l’immensité des pièces de réception. Un escalier d’honneur décoré de feuille d’or vous mène dans la salle des Gardes aux volumes vertigineuses, éclairée par des hautes fenêtres et des lucarnes. En prenant vers la gauche, vous débouchez directement sur la salle à manger de l’empereur, avec les couverts dressés comme si vous étiez attendu. Cette table est modulable selon le nombre dinvités. Lors des « séries », les repas étaient servis dans la grande galerie de bal ou dans la galerie Natoire. C’est l’époque de l’adoption du service à la russe où les invités étaient servis individuellement à leur place, les plats les uns après les autres, avec des bouteilles de vins de grandes maisons comme château Lafitte, château Margaux, des sauternes… 





Le chef Jules Gouffé (1807-1877), élève du grand Carême (1784-1833), était le chef attitré de Napoléon III. Adepte des justes cuissons des mets, il délivrait une cuisine de luxe, raffinée et d’apparat avec des dressages très esthétiques empruntés aux arts décoratifs. Entre les repas et les collations, pour divertir les invités, chasse à courre, théâtre, billard chinois, jeu de carte, jeu de palets, lecture étaient au programme. Chaque activité avait sa pièce favorite, richement décorée. Vous pouvez admirer ces pièces en enfilades avec des décors très chargés, même les chambres privées. 





Ces « séries » étaient des rencontres sociales, de réseautage mais aussi d’affaires. Le statut social des invités est marqué non par la table, mais par l’affectation des chambres à étage avec vue sur l’immense parc impérial. 


Pour marquer son intérêt à certaines personnalités, l’impératrice Eugénie les invite à un thé privé en sa compagnie, comme Pasteur. Il faut prévoir une belle journée pour déambuler dans toutes les pièces du château de Compiègne. 




Vous serez ainsi initié à l’art de vivre à la cour du second empire même en matière de mode ! Le musée abrite aussi un musée national des carrosses et des voitures, des origines à la première guerre mondiale.


C’est dans ces espaces d’exposition que se trouvaient au sous-sol les anciennes cuisines. On y voit encore les immenses foyers. L’article de Bénédicte Rolland-Villemot sur « L’organisation du service de bouche dans les palais impériaux et plus particulièrement au palais de Compiègne » complète votre curiosité sur la table au second empire. 


En cette semaine d’automne, les feuilles des arbres du parc de 40 hectares offrent encore un joli spectacle de couleurs de feu. Dans quelques jours, les branches seront à nus pour accueillir l’hiver.

 

 

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