Au
Centre
culturel de Chine à Paris, l’exposition
« 10
000 ans de voyage gustatif – La culture culinaire de la Chine au prisme du
numérique 宴飨万年-数说中国古代饮食文
» propose une plongée originale dans
l’histoire de la cuisine chinoise. Organisée avec le Musée national de Chine,
elle met en regard des copies d’objets culinaires anciens et les technologies
numériques contemporaines.
Plus de trente objets et ensembles
liés à la préparation, à la cuisson et au service des aliments sont présentés.
Récipients en terre cuite, objets en bronze, ustensiles et arts de la table
témoignent de l’évolution des techniques et du raffinement progressif de la
culture culinaire chinoise.
L’exposition ne se contente toutefois pas de
montrer ces objets : animations, projections et réalité virtuelle permettent de
restituer leurs usages et les gestes auxquels ils étaient destinés
comme ce
vase Yan de la dynastie de Zhou (1046-221 avant JC) l’ancêtre du cuiseur à la
vapeur,
le réchaud à sauce de la dynastie Han (220 avant JC-220 après JC) composé
d’un brasero et d’une coupe à oreille, permettant de garder au chaud la sauce
de soja noir salée, ou la pâte de soja fermentée qui accompagnent les viandes
lors des banquets,
le vase Zun en forme de hibou récipient à alcool de la dynastie
Shang (vers 1600-1046 avant JC),
le verseuse à alcool avec réchaud en
porcelaine céladon (dynastie des Song 960-1279).
L’un des objets qui étonnent
encore plus les visiteurs est le bassin Jian réfrigérant de la période des
Royaumes Combattants (475-221 avant JC) qui sert à rafraichir l’alcool, alors
que les premiers rafraichissoirs à l’eau froide ou avec de la glace apparaissent
en France à la fin du XVIIème siècle.
Le parcours est organisé autour de
quatre thèmes : l’art de la cuisine, les ustensiles précieux, l’art du banquet
et les rencontres lettrées autour de la table. Cette progression montre que la
cuisine chinoise ne se résume pas aux recettes. Elle constitue un véritable art
de vivre, où les objets, les saveurs, les gestes et les relations sociales sont
étroitement liés. Cette gastronomie s’incarne aussi à travers ses nourritures
de fêtes, comme ces gâteaux de lune saisonniers mis en forme avec des moules à
dessins (poisson qui évoque l’abondance, pêche la longévité), avec des caractères
de bonheur, de longévité, de prospérité.
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Le banquet occupe une place
particulière. La disposition des mets, le choix des récipients, l’équilibre des
couleurs et des saveurs participent à une véritable esthétique de la table. L’exposition
évoque notamment « l’harmonie des cinq saveurs » et « l’harmonie dans
la diversité », deux principes qui permettent de comprendre la recherche
d’équilibre caractéristique de la pensée culinaire chinoise.
Un festin vous
attend avec les recettes les plus connues de la gastronomie chinoise comme le
canard laqué, la fondue chinoise, les raviolis, le poulet sauté aux cacahuètes,
les côtes de porc à la sauce aigre douce, les écrevisses épicées, le bœuf poché
à la sichuannaise, la perche braisée à la sauce rouge, le poulet poché de Canton,
du cochon de lait laqué… Autant que mets qui vous font saliver.
C’est aussi la vaisselle
de table de bois laqué, de porcelaine, d’or et de jade qui accompagne ces
festins qui impressionne par la beauté et leur modernité, comme ces copies en
bois laqué de vaisselle rouge et noir de la dynastie des Han (2022 avant JC-220
avant JC) découverte à Mawangdui à Changsha dans le Hunan.
La tombe n°1 est
celle de Xin Zhui (辛追), épouse du marquis de Dai, et elle a livré
un ensemble exceptionnel de 184 objets
en laque, notamment des coupes, assiettes, plateaux et autres
récipients.
Une autre dimension,
particulièrement évocatrice, est celle des rencontres de lettrés. Dans la Chine
traditionnelle, le repas pouvait devenir un moment de conversation, de poésie,
de musique et d’échanges intellectuels. La table était ainsi un lieu de
sociabilité où gastronomie et culture se rencontraient. Une vidéo mapping avec
quatre peintures de la dynastie Qing comme « Festin nocturne à l’enclos
égayé de Rouge » vous plonge dans l’atmosphère d’un banquet nocturne de la
Chine impériale.
L’intérêt de l’exposition tient
précisément à ce dialogue entre patrimoine et innovation. Les objets
appartiennent à une histoire plusieurs fois millénaire, tandis que les
technologies immersives leur donnent une nouvelle présence. La réalité
virtuelle et les animations permettent de dépasser la simple contemplation pour
faire revivre, au moins virtuellement, les gestes de la cuisine et les usages
de la table.
Votre nez est aussi sollicité pour humer le parfum des épices !
Une séquence à ne pas manquer est la préparation d’un thé sous les Song
(960-1290). La méthode nommée diancha (点茶battre/faire
mousser le thé) consiste à réduire le thé en poudre très fine dans l’eau chaude
en 7 étapes de versements d’eau chaude. Elle a inspiré la cérémonie du thé
japonais. Cette belle exposition « 10 000 ans
de voyage gustatif » invitent ainsi le visiteur à une expérience où le passé et
le futur se rencontrent autour de l’histoire et le patrimoine culinaire
chinois, et d’un objet universel : la table où s’exprime le partage, la convivialité,
la gourmandise. La cuisine devient alors bien davantage qu'une pratique
alimentaire : elle apparaît comme un patrimoine où se rencontrent l’histoire,
l’art, l’artisanat, la philosophie et les relations humaines.