jeudi 21 mai 2026

« Taiwan Travelogue » de l’écrivaine taïwanaise Yang Shuang Zi, lauréate du prix international Booker Prize 2026.


L’écrivaine taïwanaise Yang Shuang Zi 楊双子 a remporté mardi 19 mai 2026 l’International Booker Prize 2026 pour son roman « Taiwan Travelogue » édité par Graywolf Press. 


C’est le premier livre écrit en chinois mandarin récompensé de ce prix littéraire anglais très prestigieux. Traduit par Lin King, ce « Carnet de voyage à Taïwan », sorti à Taiwan en 2020 sous le titre de « 臺灣漫遊錄 » suit une romancière japonaise Aoyama Chizuko lors d’un périple culinaire dans l’île de Taïwan durant l’occupation japonaise dans les années 1930, accompagnée d’une interprète locale, Chizuru, qui partage sa passion pour la nourriture. Avec ce mémoire de voyage de deux femmes, l’autrice explore aussi les thèmes du colonialisme, du pouvoir et de l’amour. Elle précise qu’elle a aussi intégré dans son œuvre de nombreux éléments qu’elle aime personnellement comme les voyages, les trains, la nourriture avec des descriptions alléchantes des spécialités taïwanaises et les amitiés féminines. 


Ci-après la présentation du livre par International Booker Prize 2026 :

« Mai 1938. La jeune romancière Aoyama Chizuko a quitté son domicile de Nagasaki, au Japon, pour rejoindre Taïwan. Elle y a été invitée par le gouvernement japonais qui gouverne l'île, bien que les banquets officiels et les visées impérialistes ne l'intéressent guère. Chizuko aspire plutôt à découvrir la vie insulaire authentique et à goûter autant que son appétit légendaire le lui permettra de savourer. Bientôt, une Taïwanaise, plus jeune encore qu'elle et portant le même nom, est engagée comme interprète et réalise ses rêves. La charmante, érudite et méticuleuse Chizuru organise les voyages de Chizuko à travers tout le Japon et se révèle également une cuisinière hors pair. Au fil de magnifiques trajets en train, de riz au porc braisé, de conversations animées et de thé au melon d'hiver, Chizuko s'éprend de sa compagne et souhaite la rapprocher d'elle. Mais quelque chose pousse Chizuru à garder ses distances. Ce n'est qu'après une séparation déchirante que Chizuko commence à comprendre la nature de ce « quelque chose ». Présenté comme la traduction d'un texte redécouvert d'un écrivain japonais, ce roman a fait sensation lors de sa première publication en mandarin en 2020 et a remporté la plus haute distinction littéraire taïwanaise, le Prix du Trépied d'or. « Taiwan Travelogue » exhume des pans oubliés de l'histoire coloniale et révèle avec finesse comment les rapports de force influencent nos relations les plus intimes ».




Il faut encore patienter pour lire la version française.

                                                               Photo avec sa traductrice
 

Guy Savoy, le premier chef de cuisine installé à l’Académie des beaux-arts Paris


Guy Savoy entre dans l’histoire en devenant le premier chef de cuisine reçu à l’Académie des beaux-arts à Paris. Il fut installé hier le 20 mai 2026 sous la Coupole du Palais de l’institut de France au fauteuil V de la section des membres libres de l’Académie des beaux-arts. 


L’Académie valide ainsi que la création culinaire est un langage artistique à part entière, qu’elle participe à la construction du patrimoine culturel français. L'Académie des beaux-arts est un groupe d'artistes et de créateurs élus par leurs pairs, qui fait partie avec les quatre autres, dont l'Académie Française, d'un héritage des académies royales de Louis XIV. En élisant Guy Savoy, l'Académie des beaux-arts a non seulement salué l'un des plus éminents représentants de la gastronomie française mais aussi un humaniste et passionné d'art contemporain qui contribue au rayonnement international de notre pays", a indiqué l'Institut de France dans un communiqué. 


Pour le chef Guy Savoy de 72 ans, c’est une « pantagruélique honneur », que même dans ses rêves les plus fous, il n’imaginait pas en être le premier. Il l’espérait pour la cuisine française et jamais pour lui-même. Dans son discours, il a célébré l’art culinaire sous ses multiples formes : Me voici donc artisan, et peut-être devenu artiste par la grâce de mon élection, et entraînant à ma suite tous les artisans qui œuvrent à la gastronomie, les paysages de France, les arts de la table, la sommellerie, la courtoisie, l’art de recevoir, bref l’art de vivre à la française, l’art de bien vivre à la française.”. 


C’est un chef talentueux, humble avec le goût de la transmission. Vous pourrez déguster sa cuisine dans son restaurant 11 quai Conti, Paris 6.

lundi 18 mai 2026

Les petits plats de notre grand-mère de Kim Jiyun


C’est un grand coup de cœur pour ce roman « Les petits plats de notre grand-mère » de Kim Jiyun qui vous redonne foi en l’humanité, et qui vous fera saliver grâce aux Doshirak (도시락, la gamelle coréenne) de Gumnam. Septuagénaire joyeuse et altruiste, propriétaire de l’échoppe Manna Doshirak, elle propose les meilleures gamelles de la ville avec du riz plein à craquer garnis de viandes, de poissons, avec des mots réconfortants cachés comme « L’alimentation est le meilleur des remèdes. Mangez-bien pour ne jamais avoir mal ni au ventre, ni au cœur. Have a nice day again ! Toutes les boulettes sont faites à partir de Hanu (race bovin élevée en Corée) ». C’est une grand-mère attentionnée, bonne cuisinière, excentrique, humaine pour chaque client qui franchit le seuil de son restaurant. Elle les nourrit et leur redonne espoir. Son prénom Gum signifie « acier » et nam « profusion » pour lui souhaiter de vivre sans manquer d’argent. Son nom de famille Jeong signifie « amour » qu’elle sait donner à foison. Pour découvrir ce livre aux éditions Nami, cliquez-ici.

Commémoration gourmande des 400 ans de la naissance de Jean Talon à Châlons en Champagne, le premier intendant de la Nouvelle-France au Québec.


Le nom de Jean Talon à Montréal est très familier des habitants de la ville, que ce soit en prenant la station de métro située sur la ligne orange et la ligne bleue, ou en flânant dans l’un des marchés le plus connus. Né à Châlons en Champagne et décédé à Paris, nommé par le roi Louis XIV, Jean Talon (1626-1694) fut le premier intendant de la Nouvelle France. 


Ce fonctionnaire royal a su dans l’adversité jeter les bases de l’administration royale en Amérique dont le développement de l’agriculture, la pêche. Pour célébrer les 400 ans de sa naissance, Les Amis de Jean Talon à Châlons en Champagne commémore cette figure historique à travers une série d’hommages, de conférences et d’animations historiques. 


Parmi les conférences, j’ai noté celle de Catherine Ferland, historienne québécois et spécialiste de l’alimentation le 26 mai 2026 à 19 heures au cinéma La Comète sur « Bière et brasserie au Québec : 400 ans d’histoire effervescente ! ». La conférence rappelle que si la bière existe depuis des milliers d’années, elle était cependant inconnue au Québec jusqu’au début du 17e siècle, alors que les premiers colons amènent avec eux des connaissances qui leur permettent de produire leur propre bière. 


L’intendant Jean Talon s’avère était un fervent promoteur de cette boisson considérée comme « nourrissante et saine » ! Le vendredi 29 mai 2026, à l’hôtel de Crancé à 19h30, un repas commenté vous permettra de découvrir des mets évoquant l’évolution des pratiques alimentaires et de la gastronomie de la Nouvelle France jusqu’au Québec contemporain. « L’ambigu » à 45€ comprend une coupe de champagne de Joseph Perrier, entrée, plat, fromage et dessert avec vins et eaux. Lors de votre visite à Châlons en Champagne, vous pourrez déguster aussi la bière spéciale Jean Talon signée par la brasserie Orjy à Juvigny. 


Dans les livres scolaires d’autrefois, Jean Talon est popularisé comme un intendant proche du peuple. Une aquarelle de l’artiste Lawrence R. Batchelor en 1931 l’a représenté en visite dans une famille modeste. Le programme détaillé de cette célébration se trouve ici.

 

samedi 16 mai 2026

A la table de Renoir et des canotiers au musée d’Orsay Paris


L’exposition au musée d’Orsay Paris sur « Renoir et l’amour, la modernité heureuse » m’a enchanté. Dans la salle « Une partie de campagne » où Renoir explore le monde des divertissements en bord de Seine dès 1860 en se focalisant sur Chatou, le restaurant Fournaise et l’univers du canotage, on peut admirer quatre de ses tableaux qui évoquent le plaisir d’être à table.


 


Il y a la toile monumentale 130 x 170 cm « Le déjeuner des canotiers » qui symbolise l’art de la vivre à la française que je vois en réel pour la première fois. 








Renoir saisit la fin d’un déjeuner sur la terrasse du restaurant populaire Fournaise, fréquenté par de séduisants canotiers, de jeunes actrices venues de Paris, des écrivains, des journalistes, des mécènes. On note la décontraction des corps, la joie de vivre des convives, le plaisir de la conversation, leur connexion par les gestes, les regards et les couleurs. Une cartouche nous donne l’identité de cette tablée. Pour Renoir, ce banquet contemporain est une métaphore de l’harmonie sociale dont il rêve. 



Le tableau « Les Canotiers » réunit un trio, la jeune femme de dos est probablement Alphonsine Papillon (née Fournaise), la fille du propriétaire du restaurant avec deux jeunes et beaux canotiers. Le descriptif de ce tableau précise que chez Renoir, le thème du repas est associé à la convivialité populaire et aux relations apaisées entre hommes et femmes. 


« Le déjeuner » représente un couple à table. Est-ce l’éclosion d’une attirance ? La femme semble absorbée par ce qu’elle dit ou ce qu’elle mange, tandis l’homme la dévore tendrement des yeux. La grosse baguette et le vin rouge au fond des verres évoquent le désir. 



Dans « La fin du déjeuner », nous sommes dans une ambiance relâchée de fin de repas. L’homme allume sensuellement une cigarette. Le couple est rejoint par une autre femme en noir avec un petit sourire comme pour encourager un rapprochement avec la suggestion d’un triangle amoureux ! Chez Renoir, qu’importe le menu, partager un repas est un moment de plaisir, de relâchement, de détente, de sensualité et de désir !

Le restaurant Le Procope Paris depuis 1686


Le Procope, c’est le premier café-restaurant ouvert à Paris depuis 1686 dans le quartier de l’Odéon. 




Son décor et son atmosphère historique vous plongent dans des siècles passés avec ses boiseries, ses lustres, ses escaliers qui vous mènent dans les salons et salles à l’étage. Même les touristes de passage comprennent qu’ils sont dans une institution. C’est en ce lieu que Francesco Procopio Dei Coltelli, un sicilien venu à Paris servit les premiers cafés en 1686 dans des tasses en porcelaine, à l’époque où la boisson fit ses premiers pas en Europe. 





Situé près de la sortie de l’ancienne comédie française, ses premiers clients furent les auteurs, le comédiens les philosophes et les hommes politiques. A la fin du 18ème siècle, ce fut le rendez-vous des penseurs des Lumières comme Voltaire, Diderot, Alembert. Et un centre actif durant la Révolution française. On peut voir en décor les objets d’époques, des reliques révolutionnaires, des gravures anciennes. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 est reproduite sur les murs d’une des salles. 






Dans le lieu où s’écrit en continue l’histoire de France, ses hôtes illustres comme anonymes sont tous férus de bonne chère. Le restaurant Le Procope propose une cuisine française de tradition avec des plats historiques comme le coq au vin ou la joue de bœuf braisée. 




Pour profiter de ce cadre unique, pour les petits budgets, vous avez un menu Procope au déjeuner à 26,50€ avec un plat, entrée ou dessert, ou à 33€ avec plat, entrée et dessert. Le jour de notre visite, nous avons choisi la terrine de canard au poivre vert, les ravioles du Dauphiné label rouge avec une crème au parmesan, suivi d’un paleron braisé à la bordelaise/purée de pomme de terre au beurre, filet de dorade sébaste façon bouillabaisse /pommes grenailles, poireaux fondants. 




Pour les desserts, c’était une coupe de sorbet citron de Sicile IGP, et une crème brûlée à la vanille de Bourbon. Les portions étaient correctes, les saveurs attendues au rendez-vous.