dimanche 1 février 2026

La revue « La Géographie » hiver 2025-2026 se consacre au thème des « Cuisines »


La Société de Géographie est l’une des plus anciennes Sociétés savantes de France fondée en 1821. C’est la doyenne des Société de Géographie au monde. Sa revue La Géographie hiver 2025-2026 se consacre au thème des « Cuisines ». La photo de la couverture rend hommage au chef Paul Bocuse sur un char en papier mâché lors du Carnaval de Nice en 2024. Ci-après le sommaire.

La cuisine, une autre géographie du monde entretien avec Pierre Raffard (présentateur de l’excellente émission Voyage en cuisine sur Arte.)

La nouvelle géographie du Guide Michelin par Jean Claude Ribaut.

François Simon, le critique sans visage par Jean-Luc Schilling

Le repas gastronomique des Français, un bien commun par Pierre Sanner.

Les faveurs du palais, cuisinier et manger dans les séries sud-coréennes par Yohann Chanoir.

Cuisines et santé par Jacques Gonzales

Les angles morts de la mondialisation alimentaire : une géographie contemporaine des tabous alimentaires par Philippe Charlier.

Géochronique : La place est une carte par Christian Grataloup.

Objets voyageurs : La double nature du gin par Philippe Charlier.

Les mots du géographe : Indopacifique par Vincent Capdepuy.

Territoires en vue : L’exposition universelle d’Osaka 2025 par Patrice Ballester.

Humeur : La France, un pays de sport ? Par Jean-Baptiste Guégan.

Cérémonie du dragon de riz au musée quai Branly à Paris


Fruit d’une collaboration avec le musée National du Palais de Taipei, le musée du quai Branly à Paris nous invite à découvrir le Dragon chinois et ses multiples métamorphoses. 





Cette figure mythique du dragon (/) est née en Chine il y a plus de 5000 ans, puis s’est diffusée dans toute l’Asie Orientale. Elle ne cesse d’imprégner les croyances populaires à travers l’Asie. Dans une société agraire soumise aux risques de sécheresses et de violentes précipitations, il intercède entre la Terre et le Ciel, contrôle les eaux terrestres et célestes, pourvoie des pluies bénéfiques aux cultures. Sa silhouette sinueuse se déploie sur de multiples objets profanes, rituels, artistiques. Dès l’époque Han (206 avant notre ère, 220 de notre ère), le dragon incarne les « souffles du ciel ». Il règne sur les mers, les montagnes, les cieux, dans les nuages chargés de pluie, là où se concentre l’énergie vitale universelle. 






Apparu dès le Néolithique, la figure du dragon prend forme à l’âge du Bronze de 2700 à 800 avant notre ère, avant de devenir l’emblème des empereurs, détenteurs du « mandat céleste ». L’anneau de jade dit « cochon-dragon » de cette culture néolithique du Hongshan pourrait être la première évocation connue du dragon. Il se caractérise par un groin, de petites oreilles et un long corps enroulé sur lui-même. Nous sommes loin de sa représentation actuelle connue déjà décrite par le philosophe Wang Fu au 2ème siècle. Il indique que le dragon combine neuf animaux : « Par les cornes il ressemble au cerf, par la tête au chameau, par les yeux au lièvre, par le cou au serpent, par le ventre au mollusque, par les écailles à la carpe, par les griffes à l’aigle, par les pattes au tigre, par les oreilles au bœuf ». 









Cette belle exposition présente une sélection exceptionnelle d'objets et œuvres d'art, depuis les premiers dragons apparus sur les jades et bronzes antiques jusqu'aux formes populaires contemporaines, en passant par les arts impériaux. 




Dans l’imaginaire chinois, le dragon est toujours le signe du zodiaque le plus prisé pour les enfants mâles. La figure du dragon est toujours présente dans les célébrations festives. 



On se lance dans les danses du dragon aux bruits des cymbales et pétards, 



on déguste des hors d’oeuvres en forme de dragons (蟠龙菜 pan long cai) réalisé avec des ingrédients multicolores. Il reste toujours l’emblème de la puissance qui apporte force, bonheur et prospérité. J’ai adoré la vidéo de la « Cérémonie du dragon de riz 米龍 » au début de l’exposition. 




Le corps du dragon qui serpente dans la pièce est constitué de riz, puis habillé par des écailles dorées et coiffé d’une tête impressionnante. Ce rituel ancien lié aux cérémonies d’inauguration est portée par un prête taoïste. Il vise à invoquer la protection du dragon et symbolise la prospérité.

Les photos des hors d'oeuvre en forme de dragons et de la cérémonie du dragon de riz ne sont pas de l'exposition en cours. 

Conférence « Les épices : voyage historique et saveurs du bout du monde » au musée national de la marine Paris


Dans une époque où les épices étaient un commerce lucratif et un signe de distinction sociale dans les mets des élites européens, Fernand de Magellan (environ 1480-1521), navigateur et explorateur portugais, réussit à convaincre le roi d’Espagne Charles Quint à financer son projet fou en 1517 pour rallier l’Inde par l’Ouest, pour aller aux Moluques (archipel Indonésien actuel) acheter des épices (cannelle, clou de girofle, noix de muscade…). Il finit par trouver ce que nous appelons ce jour le détroit de Magellan. 


Avec son exposition « Magellan, un voyage qui changea le monde », le musée national de la marine de Paris nous raconte cette épopée maritime, meurtrière, tourmentée et épicée. Le jeudi 5 février 2026 à 19h30, vous pouvez assister à la conférence « Les épices : voyage historique et saveurs du bout du monde » animée par Loïc Bienassis historien, Chloé Charles cheffe cuisinière et Marie-Lou Lizé, cofondatrice de Nomie Epices. Elle vous invite sur les traces des navigateurs qui ont à la fois ouvert de nouvelles routes commerciales et un nouveau chapitre dans l’histoire de ces trésors aromatiques. Pour plus de détails sur la conférence, cliquez-ici. 


Vous avez également au cinéma le film « Magellan » réalisé par Lav Diaz pour revivre cette aventure.

« Le gâteau du président », premier film primé Caméra d’or au festival de Cannes de l’irakien Hasan Hadi


Ce film « Le gâteau du président » de Hasan Hadi, scénariste et réalisateur irakien, a obtenu le prix de la caméra d’or au 78ème festival de Cannes en 2025. Mais pour son héroïne Lamia, orpheline de 9 ans, c’est un gâteau empoissonné ! Dans l’Irak au temps de Saddam Hussein, les écoliers devaient célébrer l’anniversaire du raïs. Suite à un tirage au sort, certains étaient désignés pour apporter des fruits, des boissons, des fleurs ou un gâteau ! Pour son malheur, Lamia était désignée pour apporter le gâteau ! Dans ces années 1990 où l’Irak était sous le coup des sanctions économiques, confection un gâteau, une tâche si anodine ailleurs, devient une mission épineuse par l’absence des ingrédients, ou des ingrédients trop chers hors du budget familial ! 


Sans se laisser décourager, la fillette part à la recherche des ingrédients avec son ami Saeed. Une quête qui va bouleverser son quotidien. Ce film « Le gâteau du président » confronte avec subtilité l’innocence des enfants à une réalité politique implacable pour mieux montrer l’absurdité d’un régime autoritaire. C’est aussi une ode à l’enfance, à la débrouille, à la perte de l’innocence ! Les jeunes acteurs non professionnels sont juste magnifiques ! Vive le cinéma irakien !